Une mission d’intérim démarre parfois en quelques jours, et la visite médicale en intérim ne s’improvise pas pour autant. Beaucoup d’intérimaires découvrent cette obligation au moment de l’embauche, sans savoir qui l’organise ni dans quel délai. Le sujet inquiète autant les agences que les salariés : un examen mal déclenché retarde une prise de poste, une dispense mal comprise expose à un contrôle. Cet article détaille qui organise la visite selon le poste occupé, les délais imposés par le Code du travail, et les conditions précises de dispense d’une mission à l’autre.
Qui organise la visite médicale en intérim, et sous quel délai
La visite médicale relève de la responsabilité de l’entreprise de travail temporaire, l’employeur légal du salarié pendant toute la durée de la mission. Elle passe par son propre service de prévention et de santé au travail (SPST), rattaché à son secteur d’activité plutôt qu’à celui de l’entreprise cliente. Ce point surprend souvent les intérimaires habitués aux usages d’une entreprise classique, où l’employeur présent sur site organise lui-même la visite. Pour cerner l’ensemble des obligations qui pèsent sur l’agence, la page consacrée aux droits et à la sécurité au travail en intérim détaille le cadre complet.
Le SPST de l’agence peut déléguer cet examen à un service proche du lieu de mission, ou à celui de l’entreprise utilisatrice si une convention le prévoit. En pratique, cette délégation évite un déplacement inutile pour une mission de quelques semaines loin du siège de l’agence.
La visite d’information et de prévention doit avoir lieu dans les trois mois suivant l’embauche. Passé ce délai sans qu’elle soit organisée, l’agence est en tort, quelle que soit la durée réelle de la mission confiée. À tout moment, le salarié peut aussi demander un examen auprès du médecin du travail, de sa propre initiative ou à celle de son employeur, sans attendre l’échéance des trois mois, ce qui est précieux en cas de doute sur la pénibilité d’un poste physique.
Vip ou suivi individuel renforcé : deux suivis selon le poste occupé
La visite d’information et de prévention pour un poste standard
La visite d’information et de prévention (Vip) concerne la majorité des missions en intérim. Elle ne constitue pas un examen d’aptitude au sens strict : le professionnel de santé, sous l’autorité du médecin du travail, échange avec le salarié sur son état de santé et ses conditions de travail, et l’informe des risques liés au poste. Elle sert surtout à identifier les besoins de suivi individuel qui pourraient s’imposer par la suite, sans juger d’emblée de l’aptitude physique au poste occupé.
Dans les faits, cette visite constitue souvent la première interaction du salarié avec la médecine du travail. Elle a lieu pour la quasi-totalité des postes du secteur, du bâtiment à la logistique, dès lors qu’aucun risque particulier n’est identifié pour le poste concerné.
Le suivi individuel renforcé pour un poste à risque particulier
Le suivi individuel renforcé (SIR) s’applique lorsque le poste expose à un risque particulier : amiante, rayonnements ionisants, ou tout autre risque listé par le Code du travail. Contrairement à la Vip, l’examen médical d’aptitude est réalisé directement par le médecin du travail de l’entreprise utilisatrice, qui connaît les conditions réelles du poste occupé. Si l’intérimaire est affecté à un tel poste en cours de mission, l’entreprise utilisatrice doit organiser cet examen sans attendre la mission suivante.
Cette distinction protège aussi l’agence : en cas d’accident, l’absence d’examen d’aptitude sur un poste à risque expose à une responsabilité bien plus lourde qu’un simple retard de Vip. Mieux vaut vérifier le classement du poste avant la prise de fonction que le découvrir après coup, une fois la mission déjà commencée.
| Aspect | Vip | SIR |
|---|---|---|
| Qui réalise l’examen | Service de santé au travail de l’agence | Médecin du travail de l’entreprise utilisatrice |
| Délai après l’embauche | Trois mois maximum | Avant la prise de poste à risque, ou dès l’affectation en cours de mission |
| Missions couvertes par un même examen | Trois emplois au maximum | Trois emplois au maximum |
Dans les deux cas, le rythme reste calé sur celui de l’intérim : une seule visite peut couvrir jusqu’à trois emplois successifs, à condition qu’ils présentent des risques équivalents. Passé ce nombre, l’agence doit organiser un nouvel examen, même si le salarié travaille encore dans le même secteur d’activité. C’est l’un des points que les intérimaires ignorent le plus souvent au sujet de la visite médicale en intérim, alors qu’il détermine directement si une nouvelle visite s’impose avant la prochaine mission.

La dispense de nouvelle visite d’une mission à l’autre
Repasser une visite à chaque nouvelle mission n’est pas systématique. La réglementation prévoit une dispense possible, à condition que le poste proposé soit identique au précédent et que les risques d’exposition restent équivalents. C’est une question que beaucoup d’intérimaires posent dès leur deuxième contrat avec la même agence, sans toujours obtenir de réponse claire sur le sujet.
Le régime propre à l’intérim se distingue nettement du droit commun. Un salarié classique bénéficie d’une dispense si sa précédente Vip date de moins de trois ans, ou de cinq ans pour certains profils (travailleur handicapé, invalide, travailleur de nuit). L’intérimaire, lui, doit justifier d’une attestation de suivi délivrée dans les deux années précédant l’embauche pour le même emploi. Cette durée plus courte s’explique par la fréquence des changements de poste propre au travail temporaire, où les conditions d’exposition évoluent plus vite que dans un contrat classique.
Trois conditions doivent être réunies en même temps pour que la dispense s’applique. Le professionnel de santé doit disposer de l’attestation de suivi ou de l’avis d’aptitude correspondant au même emploi. Le poste proposé doit présenter des risques d’exposition équivalents à celui déjà occupé. Et surtout, le médecin du travail ne doit avoir émis, au cours des deux dernières années, ni avis d’inaptitude ni mesure d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste. En cas de doute sur l’une de ces trois conditions, mieux vaut solliciter le SPST avant la prise de poste plutôt qu’après, une visite non organisée à tort restant à la charge de l’agence.
Arrêt en cours de mission : visite de préreprise et visite de reprise
Un arrêt de travail pendant une mission d’intérim ouvre droit, sous conditions, à des visites spécifiques. Au-delà de trente jours d’arrêt, le salarié peut demander une visite de préreprise, organisée par le médecin du travail à son initiative, à celle de son médecin traitant ou à celle du médecin conseil de la Sécurité sociale. Cette visite anticipe les conditions du retour, sans attendre la fin officielle de l’arrêt. Elle est particulièrement utile après un accident du travail en intérim, où le retour au poste mérite d’être préparé en amont.
La visite de reprise, elle, s’impose après un congé maternité, une maladie professionnelle, un accident du travail d’au moins trente jours, ou une maladie et un accident non professionnel d’au moins soixante jours. L’employeur doit l’organiser au plus tard dans les huit jours suivant le retour effectif du salarié. Une dispense existe si une préreprise a déjà eu lieu dans les trente jours précédents et que le médecin du travail juge qu’aucun aménagement de poste n’est nécessaire, ce qui reste rare en pratique pour des missions physiquement exigeantes.
Indépendamment des arrêts, un suivi existe aussi en dehors de toute mission particulière : la visite médicale de mi-carrière, prévue l’année civile des quarante-cinq ans du travailleur, sauf échéance différente fixée par un accord de branche. Elle s’applique à l’intérimaire comme à tout salarié.
Qui paie la visite et sur quel temps se déroule-t-elle
Le temps consacré à la visite médicale, examens complémentaires compris, est traité comme du temps de travail effectif. Il est soit pris directement sur les heures de mission, soit rémunéré comme tel lorsque l’examen ne peut pas avoir lieu pendant les heures travaillées. L’intérimaire n’a donc rien à perdre financièrement à s’y rendre, contrairement à une idée reçue répandue chez les salariés en mission courte.
Les frais de transport nécessaires pour se rendre à la visite sont à la charge de l’entreprise de travail temporaire, et non de l’entreprise utilisatrice. C’est un point à vérifier auprès de l’agence avant le déplacement, notamment lorsque le centre de santé au travail se trouve loin du lieu de mission. Les aides FASTT pour les intérimaires peuvent compléter la prise en charge sur la mobilité au sens large, au-delà du seul cadre de la visite médicale.
En pratique, un rendez-vous manqué faute d’organisation du transport retarde l’ensemble de la procédure d’embauche. Prévenir l’agence suffisamment tôt permet d’ajuster l’horaire de la visite à celui de la prise de poste, sans perdre de jours de mission utiles au passage.
Refus, absence ou inaptitude : les conséquences pour la mission
Ne pas se présenter à la visite médicale en intérim n’est jamais anodin. En pratique, l’agence ne peut pas maintenir une mission sur un poste qui exige un suivi individuel renforcé tant que l’examen d’aptitude n’a pas eu lieu. Une absence non justifiée retarde donc la prise de poste, et peut compromettre la proposition de mission suivante si le SPST ne parvient pas à reprogrammer rapidement un créneau.
En cas d’avis d’inaptitude émis par le médecin du travail, la situation dépend du poste occupé et des préconisations formulées. Le médecin du travail peut recommander un aménagement, une adaptation, ou une transformation du poste plutôt qu’une inaptitude totale. Quand aucun aménagement compatible n’existe chez l’entreprise utilisatrice, la mission en cours ne peut généralement pas se poursuivre en l’état, ce qui pousse l’agence à rechercher un autre poste correspondant au profil du salarié.
Le réflexe le plus utile reste la communication rapide avec l’agence dès qu’un empêchement se profile, que ce soit un imprévu de dernière minute ou un doute sur la compatibilité du poste. Un délai signalé à temps se rattrape presque toujours, une absence silencieuse beaucoup plus difficilement.
Sources
- Service-public.fr — suivi médical du travailleur temporaire par la médecine du travail, 2026
- Service-public.fr — dispense de la visite d’information et de prévention, 2026







